Quand est-ce que j’ai arrêté d’avoir du plaisir à jouer au baseball?
- olivier-simard

- 1 juil.
- 3 min de lecture

Hier, mon ami Mathieu m’a demandé si je voulais aller remplacer dans son équipe de balle molle. Ça faisait une bonne dizaine d’années que je n’avais pas joué mais le baseball est un sport que j’ai toujours apprécié et le terrain n’était pas très loin de chez moi. J’ai donc sorti mes souliers à crampons et mon vieux gant et je suis allé rejoindre Mathieu au parc Ignace-Bourget, à Ville-Émard.
En arrivant, le capitaine des Royaux m’a souhaité la bienvenue en m’annonçant que j’allais patrouiller le champ droit. Ceux qui ont joué à la balle savent que ce n’est pas une position où l’on voit beaucoup d’action, au contraire. Un brin déçu, je me suis dit que je pourrais quand même profiter de cette tranquillité pour retrouver mes repères. Néanmoins, après quatre manches sans recevoir une seule balle, j’ai commencé à trouver le temps long. Mais une partie de mon inconfort était ailleurs, dans un sentiment plus subtil, que je ressens souvent lorsque je joue à la balle molle. À chaque fois que la balle était frappée vers quelqu’un d’autre, ma déception était accompagnée d’un léger soulagement. Le soulagement de ne pas être celui qui risque de faire une erreur. Le soulagement, aussi, de ne pas avoir à porter le poids de cette erreur face au reste de l’équipe.
Le baseball est un sport cruel. Quand tu te présentes au bâton ou lorsque la balle est frappée vers toi, tu te retrouves aussitôt complètement seul. Et là, alors que les deux équipes au complet et tous les spectateurs te regardent, deux choses peuvent arriver : tu réussis ou tu échoues. Il n’y pas d’autre issue. Le problème, c’est que si tu te laisses envahir par la peur d’échouer, tu augmentes drastiquement les chances que ça se produise. Ça, tous les athlètes le savent. Mais ce n’est pas tout. Dans le sport, comme dans la vie, la peur de l’échec entraine une conséquence bien pire que l’échec lui-même.
La peur de l’échec tue le plaisir.
J’en sais quelque chose. Durant l’adolescence, alors que je jouais au baseball élite, ma crainte de faire des erreurs a fini par prendre le dessus sur mon plaisir de jouer. C’est aussi à cette époque que j’ai cessé de faire de l’impro et de lever la main en classe parce que j'avais trop peur d’avoir l’air con devant les autres. J’ai abandonné des activités que j’avais toujours trouvées simples et agréables parce qu’elles étaient soudainement devenues des sources de stress.
C’est exactement ce qui s’est produit, hier soir. Debout dans le champ droit, les pieds dans le gazon et le soleil dans les yeux, pendant un court moment, j’ai arrêté d’avoir du fun. Heureusement, j’en ai pris conscience et j’ai choisi de me concentrer sur autre chose. Encourager mes coéquipiers, envoyer un sourire à ma blonde dans les estrades et lui voler une gorgée de Bubly entre les manches. Profiter de la soirée. M’amuser.
Mais ce n’est pas toujours aussi simple. La vie n’est pas un match un match de balle molle et il y a des moments où c’est plus fort que nous, où la peur d’échouer et d’avoir l’air fou prend toute la place. Une clé, je crois, c’est de continuer de se placer volontairement dans des situations où il y a possibilité que ça foire, idéalement devant des gens. Que ce soit sur un terrain de balle ou une piste de danse, au micro, au piano, ou peu importe ce que ça veut dire pour toi. Prendre ce risque-là, encore et encore. Et tranquillement, une bouchée à la fois, apprivoiser l’inconfort et la peur de l’échec.
Cet été, je souhaite qu’on se donne le droit de ne pas toujours être bons, beaux et intelligents. Le droit de trébucher et d’être poches. Qu’on le permette aux autres, aussi. Si on fait ça, nos chances d’avoir du fun vont grimper en flèche. Parce que l’été (et la vie), c’est fait pour jouer.
Olivier
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