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Il ne suffit pas d'acheter des livres

Ou l’importance de construire une bibliothèque de classe qui cartonne

 

Comme tout le monde (ou presque), je suis d’accord avec l’idée qu’il faut protéger les budgets alloués à l’achat de livres dans les écoles. Durant mon adolescence, la découverte de la lecture a été une bouée de sauvetage, ça a eu un impact énorme. Aujourd’hui, j’ai trois enfants et je suis aux premières loges pour constater l’effet de la lecture sur le développement de leur esprit et de leur ouverture aux autres. Les livres, c’est essentiel, je crois qu’on s’entend tous là-dessus. Mais j’aimerais apporter une nuance.

Dans le cadre de mon travail d’écrivain, je visite entre 200 et 250 classes par année, et presqu’autant d’enseigant.e.s. Bien sûr, je rencontre tout plein de profs inspirants, qui enseignent avec la littérature jeunesse et instaurent un contexte hyper stimulant pour favoriser le plaisir de lire chez leurs jeunes. Ces profs sont tellement passionnés que j’ai parfois l’impression qu’ils connaissent mieux mes livres que je les connais moi-même!  Ce feu-là se propage naturellement chez leurs élèves, qui profitent immanquablement de la période de lecture pour se ruer vers la bibliothèque de classe et dévorer tout ce qui leur tombe sous la main. À ces profs-là, je dis bravo. Et merci.  


Mais tous les profs n’ont pas ce niveau de confort avec la littératie. J’en vois d’autres qui ont d’excellentes intentions, mais ne sont pas au fait des dernières parutions, ni des goûts de leurs jeunes, et peinent à trouver des livres pertinents, qui vont véritablement les allumer. Dans ces classes-là, les bibliothèques sont décoratives et peu consultées. Ce sont des bibliothèques décevantes dont les livres, aux couvertures accrocheuses, tiennent rarement leurs promesses.


Enfin, il y a des profs qui ne lisent pas. Ou très peu. Et je veux être bien clair ici, ceci n’est pas une critique. Ce sont souvent d’excellents enseignants, mais dans leur vie personnelle, la lecture ne fait simplement pas partie de leurs activités préférées. Et c’est correct. La vie va vite, on est débordés. Un livre, c’est un peu comme du slow-food pour l’esprit. Il faut s’arrêter et prendre le temps, chose qui est de plus en plus difficile dans le monde d’aujourd’hui. Cela étant dit, si un jeune a envie d’éteindre son jeu vidéo et d’essayer autre chose, un livre, par exemple, un prof qui ne lit pas ne sera pas d’une grande utilité. À moins d’avoir été formé pour ça. C’est ce qui m’amène à mon idée centrale.  


Avoir un budget-livre dans une classe est essentiel, mais il est tout aussi essentiel de continuer de former nos enseignantes et enseignants afin de les aider à choisir les bons livres pour leurs élèves. Ils seront alors en mesure d’assembler des bibliothèques de classe que leurs jeunes reluqueront du coin de l’œil en salivant, comme si c’étaient des étagères remplies de bonbons. Et la question de la pérennité des budgets-livres sera réglée une fois pour toutes.

 

Olivier Simard – Écrivain, ancien prof au secondaire et porte-parole de JLQ.


 

 
 
 

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